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Greenwashing : comment passer de l’écoblanchiment à une communication responsable et engagée

Switche | Mise à Jour le 20/02/2026 | 10 minutes de lecture

Switche

Expert en investissement responsable

Greenwashing : comment passer de l’écoblanchiment à une communication responsable et engagée

Introduction

 

Le greenwashing n’est pas un simple abus de langage. C’est le symptôme d’une tension profonde entre communication et transformation réelle. À mesure que l’urgence climatique s’impose dans le débat public, les entreprises intègrent l’écologie dans leur discours. Mais entre affichage et action, l’écart est parfois significatif.

Le problème n’est pas que les marques parlent d’environnement. Au contraire. Le problème commence lorsque la communication devance l’engagement concret, ou lorsqu’elle le remplace. C’est à ce moment précis que l’écoblanchiment prend forme.

Comprendre le greenwashing, ce n’est donc pas seulement identifier des pratiques trompeuses. C’est interroger notre manière de concevoir la responsabilité, la transparence et le rôle de la communication dans la transition écologique.

 

 

Qu’est-ce que le greenwashing ?

 

 

Une définition claire et opérationnelle

 

Le greenwashing désigne une communication qui laisse entendre qu’un produit, un service ou une organisation a un impact environnemental positif alors que les éléments factuels ne permettent pas de le démontrer.

Il ne s’agit pas toujours d’un mensonge frontal. Bien souvent, le décalage repose sur des formulations vagues, des promesses imprécises ou des éléments mis en avant de façon partielle. Un visuel évocateur, un slogan rassurant, un mot comme “responsable” ou “écologique” suffisent parfois à créer une impression qui dépasse la réalité.

Les autorités européennes considèrent qu’une allégation environnementale doit être fondée, précise et vérifiable. Lorsqu’elle induit le public en erreur, elle peut être qualifiée de pratique commerciale trompeuse.

 

 

Un phénomène plus structurel qu’il n’y paraît

 

Le greenwashing ne se limite pas aux grandes campagnes publicitaires. Il peut apparaître dans un rapport RSE, sur un packaging, dans un communiqué de presse ou sur un site internet.

Il traduit souvent une difficulté plus large. Les entreprises évoluent dans un environnement où l’exigence écologique progresse rapidement, mais où les transformations structurelles prennent du temps. Entre pression concurrentielle, attentes des investisseurs et exigences réglementaires, la tentation est grande d’ajuster le discours avant d’avoir transformé le modèle.

C’est précisément dans cet intervalle que naît l’écoblanchiment.

 

 

Pourquoi le greenwashing est un problème majeur

 

 

Un frein à la transition écologique

 

Lorsqu’une marque présente un produit comme “vert” sans démonstration solide, elle donne le sentiment qu’une solution durable existe déjà. Le consommateur pense faire un choix éclairé. Pourtant, l’impact global peut rester marginal.

Ce mécanisme entretient une illusion de progrès. Or la transition écologique exige des changements profonds dans les modes de production, de distribution et de consommation. En réduisant l’exigence de transformation réelle, le greenwashing ralentit le mouvement collectif.

Il ne s’agit pas simplement d’une erreur de communication. C’est un facteur qui peut maintenir des modèles peu soutenables sous une apparence modernisée.

 

 

Une érosion progressive de la confiance

 

La répétition de messages environnementaux approximatifs finit par produire un effet de saturation. Les citoyens deviennent sceptiques. Ils doutent des labels, des engagements et même des initiatives sincères.

Cette défiance généralisée pénalise les acteurs réellement engagés. Lorsqu’il devient difficile de distinguer l’effort authentique du simple verdissement discursif, la crédibilité globale du marché s’affaiblit.

La confiance n’est pas un acquis. Elle se construit sur la cohérence entre paroles et actes. Une fois fragilisée, elle est difficile à restaurer.

 

 

Une distorsion de concurrence

 

Les entreprises qui investissent réellement dans la réduction de leur impact environnemental engagent des ressources importantes. Si d’autres se contentent d’un repositionnement sémantique sans transformation équivalente, l’équilibre concurrentiel est faussé.

À court terme, l’écoblanchiment peut sembler rentable. À long terme, il décourage l’innovation sincère et affaiblit la dynamique de transition.

 

 

Comment reconnaître et éviter le greenwashing

 

 

La précision avant tout

 

Les termes génériques comme “écologique”, “durable” ou “respectueux de l’environnement” n’ont de valeur que s’ils sont accompagnés d’explications concrètes. Quel indicateur a été amélioré ? Sur quel périmètre ? Selon quelle méthodologie ?

Une communication responsable repose sur des données contextualisées, compréhensibles et vérifiables.

 

 

La cohérence globale

 

Mettre en avant un aspect positif d’un produit tout en passant sous silence des impacts significatifs peut créer une perception déséquilibrée. La transparence implique d’exposer l’ensemble du cycle de vie, ou au minimum d’éviter de survaloriser un élément secondaire.

La crédibilité naît de la cohérence entre le message, les pratiques internes et la stratégie globale de l’entreprise.

 

 

La gouvernance interne

 

Beaucoup de situations de greenwashing ne résultent pas d’une intention délibérée de tromper, mais d’un manque de coordination entre équipes marketing, RSE et juridique.

Mettre en place des processus de validation croisée, former les équipes aux exigences réglementaires et intégrer la communication dans une stratégie environnementale structurée réduit considérablement les risques.

 

 

Un cadre réglementaire de plus en plus exigeant

 

Au niveau européen, les règles encadrant les allégations environnementales se renforcent. Les pratiques trompeuses sont explicitement visées par les nouvelles directives relatives à la protection des consommateurs.

En France, la DGCCRF contrôle régulièrement les communications environnementales. Les mentions vagues ou non justifiées peuvent entraîner des sanctions. Le contexte évolue clairement vers davantage d’exigence et de transparence.

Le temps des slogans approximatifs touche à sa limite. Les entreprises doivent désormais démontrer ce qu’elles avancent.

 

 

Vers une communication responsable et engagée

 

 

Sortir du greenwashing suppose un changement de posture.

 

D’abord, accepter qu’aucune organisation n’est parfaite. Toute activité a un impact. La crédibilité ne vient pas de la prétention à l’exemplarité absolue, mais de la capacité à exposer ses progrès, ses objectifs et ses limites.

Ensuite, replacer la communication à sa juste place. Elle ne doit pas créer artificiellement une image vertueuse. Elle doit refléter un engagement réel, inscrit dans la stratégie de l’entreprise.

Enfin, considérer les publics non comme des cibles à convaincre, mais comme des parties prenantes à informer. Une communication mature ne cherche pas à embellir la réalité. Elle cherche à la clarifier.

La question centrale n’est plus de savoir comment paraître responsable, mais comment l’être réellement et en rendre compte avec rigueur.

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